Sékou Touré, Modibo Keïta, Nkrumah : les secrets oubliés de la Villa Syli au cœur de la forêt de Ziama
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MACENTA – Nichée en altitude, au cœur de la Réserve de biosphère de Ziama, dans la préfecture de Macenta, la Villa Syli de Sérédou est aujourd’hui un vestige silencieux d’une époque révolue. Jadis haut lieu de pouvoir et de prestige, ce bâtiment chargé d’histoire est désormais englouti par la végétation, abandonné au cœur de la forêt dense, inaccessible par la route.
Pour atteindre ce symbole du passé, il faut parcourir près de 18 kilomètres à pied, à travers des sentiers escarpés, des montagnes et des clairières. Un véritable calvaire pour les rares visiteurs qui osent s’y aventurer.
Un édifice imposant au cœur de la forêt

Au-delà de sa valeur historique, la Villa Syli est un bâtiment d’envergure. La résidence comprend trois chambres, de vastes salons, des douches, une cuisine fonctionnelle à l’époque, ainsi qu’un bunker, élément révélateur du contexte politique et sécuritaire de l’ère révolutionnaire.
Conçue pour accueillir des hôtes de marque dans un cadre à la fois discret et sécurisé, la villa alliait confort et stratégie. Son implantation en altitude offrait un climat agréable et une vue dominante sur la forêt environnante.

Aujourd’hui, ces pièces autrefois animées sont silencieuses. Les plafonds s’effritent, les murs se lézardent, l’humidité ronge les installations et la végétation envahit peu à peu ce cadre jadis témoin de discussions confidentielles.
Un héritage colonial devenu symbole révolutionnaire
Selon le témoignage de Monsieur Pierre Thorond Sagno, ancien cadre de l’usine de quinine de Sérédou, aujourd’hui à la retraite, la Villa Syli remonte à l’époque coloniale.

« Au niveau des colonies, il y avait des gouverneurs par pays. Il y avait le gouverneur de la Guinée. Alors ce gouverneur, parfois, quand il recevait des hôtes de marque, il allait là-bas. Ou pendant les fêtes de fin d’année, ou quand il était en congé, il s’y rendait », explique-t-il.
Après l’indépendance de la Guinée en 1958, le site change de statut et d’appellation. Il devient la « Villa Syli », une dénomination révolutionnaire inspirée du symbole national guinéen. Sous le régime du président Ahmed Sékou Touré, père de l’indépendance guinéenne, la villa servait de résidence secondaire et de cadre discret pour des rencontres stratégiques.

Perchée sur un relief montagneux, la villa bénéficie d’un espace relativement plat permettant l’atterrissage d’un hélicoptère. Ce détail logistique en faisait un lieu idéal pour accueillir des personnalités étrangères en toute discrétion, loin de l’effervescence de Conakry.
Des hôtes illustres de la sous-région
D’après Pierre Thorond Sagno, plusieurs chefs d’État africains y ont séjourné. Parmi eux, le président malien Modibo Keïta, qui y aurait transité en 1968, peu avant le coup d’État militaire au Mali ayant conduit à la prise du pouvoir par Moussa Traoré.

Autre figure évoquée : Kwame Nkrumah. Renversé au Ghana, il trouva refuge en Guinée sur invitation de Sékou Touré. Après un séjour dans le pays, il bénéficia d’une évacuation sanitaire vers la Roumanie, où il décéda en 1972.
Ainsi, la Villa Syli fut bien plus qu’une simple résidence forestière : elle constitua un espace diplomatique discret, un lieu de confidences politiques et de décisions historiques au cœur de l’Afrique postcoloniale.
Une bâtisse aujourd’hui en ruine
Mais de ce passé prestigieux, il ne reste aujourd’hui qu’un bâtiment vétuste, envahi par les lianes, les mousses et l’humidité permanente de la forêt tropicale. Les murs se fissurent, la toiture se détériore et la nature reprend inexorablement ses droits.

Autour, les anciennes plantations de quinquina, dont Pierre Thorond Sagno fut responsable, témoignent également de l’intense activité économique qui animait jadis cette zone stratégique de Sérédou.
L’absence totale de route carrossable accentue l’isolement du site. Ce manque d’accessibilité constitue un frein majeur à toute initiative de valorisation touristique ou patrimoniale.
Un appel à la réhabilitation
Face à ce constat, l’ancien cadre lance un appel aux autorités :« Si les autorités pouvaient vraiment réhabiliter tous ces biens, cela apporterait un plus dans le cadre du développement de notre pays. »
La réhabilitation de la Villa Syli pourrait en effet s’inscrire dans une dynamique de valorisation du patrimoine historique guinéen. Située au cœur de la forêt classée de Ziama, l’une des plus importantes forêts classées du pays, elle pourrait devenir un site écotouristique, un musée de la mémoire politique ou un centre de recherche historique.

À l’heure où la Guinée cherche à promouvoir son patrimoine culturel et naturel, la Villa Syli demeure un symbole fort : celui d’une époque où la forêt de Ziama était le théâtre discret des grandes décisions africaines.

De retour de Sérédou,
Paul Foromo SAKOUVOGUI
Pour Africaguinee.com
Tél. (00224) 628 80 17 43
Créé le 25 février 2026 12:20
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