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Sérédou, l’ancien fleuron du bois : Enquête sur un patrimoine industriel en sommeil – Africa Guinee

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Sérédou, l’ancien fleuron du bois : Enquête sur un patrimoine industriel en sommeil


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MACENTA-À Sérédou, l’ancienne scierie, jadis fleuron industriel de la Guinée forestière, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais les autorités locales nourrissent aujourd’hui l’ambition de rebâtir ce patrimoine et plaident pour que la localité soit érigée en préfecture, afin de renouer avec son rôle d’antan.

L’histoire de la scierie de Sérédou s’inscrit dans les premières grandes initiatives de gestion forestière et de valorisation du bois en Guinée. Au-delà de la scierie elle-même, toute une chaîne de formation, de production et de transformation avait été mise en place, portée en partie par la FAO.

Selon Pierre Thorend Sagno, ancien formateur à l’École des Eaux et Forêts et témoin privilégié de cette époque, le site était bien plus qu’une simple scierie :

« Ce centre que nous sommes en train de visiter est un centre de démonstration… C’était un centre soutenu par la FAO. La scierie fonctionnait, il y avait des plantations à Maloueta où ils coupaient le bois. Le bois arrivait ici, passait par une mare artificielle pour le cubage avant d’être envoyé à l’usine pour le sillage. Tout était mécanisé. »

La structure était un véritable complexe technique : Plantations forestières à Maloueta, transport mécanisé du bois, installations de cubage, unités de sciage, ateliers de menuiserie pour l’Iroko ou le Bois d’or, production destinée aussi bien aux meubles qu’aux ouvrages publics comme les ponts.

Cette industrie tournait à plein régime jusqu’aux années 1960. Les difficultés commencent autour de 1963, avec la nationalisation progressive des entreprises et les ruptures d’approvisionnement.

« Pour scier, il faut avoir le bois. Dès que la matière première fait défaut, les choses se compliquent. La Première République a réformé toutes les usines après sa chute… », rappelle M. Sagno.

L’arrêt de la scierie entraîne progressivement la dégradation de l’économie locale. Les unités annexes, dont l’usine de quinine et la fabrique de panneaux, suivront le même chemin.

Depuis plusieurs années, Sérédou vit une transformation silencieuse : les anciennes zones industrielles se sont muées en espaces agropastoraux, et de nombreux bâtiments construits à l’époque coloniale ou post-coloniale se dégradent.


Sélon Jean Tokpa Béavogui, président de la délégation spéciale de Sérédou, cette situation est le résultat de l’abandon progressif du patrimoine industriel.

« L’usine à quinine, la scierie, l’usine à panneaux… toutes sont à l’arrêt. À l’époque, ces unités facilitaient l’emploi et réduisaient le vol. Aujourd’hui, tout a disparu : panneaux solaires, batteries, matériels… Les gens survivent difficilement », souligne le président de la délégation spéciale de Sérédou.

Arrivé en 2024 à la tête de la municipalité, M. Béavogui, s’est donné deux priorités : l’unité sociale et la reconstruction économique.

« Depuis que je suis là, mon combat était d’unifier les gens pour pouvoir reconstruire. Après l’accord social, il fallait créer l’emploi. Ces usines ne doivent pas être rénovées, mais reconstruites, car les matériels sont obsolètes. », indique M. Béavogui.

Au cœur de sa vision, la réhabilitation de l’ancienne centrale hydroélectrique est un élément stratégique. Jadis construite pour alimenter uniquement les industries, elle représente désormais un potentiel majeur pour la population.

« La centrale a fonctionné après l’usine. Aujourd’hui, le potentiel existant peut alimenter Sérédou et certains villages d’à côté. Les petites entreprises ont besoin du minimum : du courant pour souder, travailler, vivre », a-t-il dit.

Pour lui, la renaissance économique passera nécessairement par la réhabilitation de la centrale hydroélectrique, le lotissement du village, déjà entamé, pour faciliter l’accès à l’eau et à l’électricité, la revalorisation du patrimoine forestier et la remise en marche des unités industrielles.

Sérédou doit devenir une préfecture

Au-delà des questions techniques, le président Jean Tokpa Béavogui lance un appel pressant au gouvernement : rehausser le statut administratif de Sérédou.

« Partout où je passe, les populations me parle d’abord de la réhabilitation de Sérédou. Nous voulons qu’on érige Sérédou en préfecture. On a suffisamment de patrimoine à exploiter, mais si ça ne reste que nous, ce n’est pas facile. Il faut que l’autorité nous aide », a-t-il lancé.

Pour les autorités locales, Sérédou a tous les atouts pour être érigée en préfecture. Un vaste patrimoine forestier, d’importantes infrastructures industrielles héritées, une population dynamique, un historique économique autrefois envié dans la région, un positionnement stratégique entre Macenta et Nzérékoré.

L’érection de Sérédou en préfecture constituerait, selon elles, un levier administratif et économique indispensable pour attirer les investissements, faciliter la gouvernance locale et accélérer les reconstructions. Sérédou reste aussi un symbole : celui d’une localité qui fut un pilier industriel en Guinée forestière, aujourd’hui en sommeil mais toujours pleine de potentiel.


Les témoignages recueillis montrent à la fois la nostalgie d’un passé prospère et la fermeté d’une volonté nouvelle : redonner vie à ce patrimoine, relancer les unités industrielles et obtenir la reconnaissance administrative nécessaire pour impulser le développement.

L’avenir de Sérédou dépend désormais de l’accompagnement des autorités nationales, appelées à soutenir cette renaissance locale attendue depuis des décennies.

Paul Foromo SAKOUVOGUI

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 22 décembre 2025 09:15

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