Litige domanial à Taouyah : La famille Diallo et les Écoles Modernes de Guinée à couteaux tirés
CONAKRY- Un différend immobilier complexe oppose depuis plusieurs années la famille Diallo aux dirigeants du complexe scolaire les Écoles Modernes de Guinée. Au cœur de la discorde : un bâtiment situé dans le quartier Taouyah, dans la commune de Ratoma. Loyers impayés, occupation des locaux, interprétation du contrat de bail et procédures judiciaires s’enchevêtrent dans ce conflit où chaque partie avance ses arguments et pièces justificatives.
La famille Diallo dénonce des arriérés de loyer et réclame l’expulsion
Pour Alpha Oumar Diallo, l’un des héritiers de feu Thierno Mamadou Diallo, la situation est claire : l’établissement scolaire accumule une lourde dette.
« Ils nous doivent près de trois ans de loyer, soit environ 27 mois d’arriérés », affirme-t-il.
Face à cet impayé, la famille indique avoir saisi le Tribunal de commerce de Conakry, lequel aurait rendu une décision ordonnant le paiement des sommes dues ainsi que l’expulsion des occupants. « Le Tribunal de commerce nous a donné gain de cause », soutient M. Diallo. Il précise toutefois que le dossier a fait l’objet d’un appel et se trouve actuellement pendant devant la Cour d’appel.

Sur le plan de la saisie conservatoire, la famille soutient qu’une procédure judiciaire menée par l’Union des Huissiers de Justice (UIC) a conduit à la saisie et à la vente de certains équipements de l’école. Bien qu’une mesure conservatoire autorise l’accès à la cour, Alpha Oumar Diallo insiste : « Ils peuvent accéder à l’enceinte, mais ils n’ont pas le droit d’utiliser les biens saisis ».
La version de la fondation : Un conflit né de l’accord initial et des investissements
De son côté, Sylla Salif, fondateur des Écoles Modernes de Guinée, conteste fermement la présentation des faits et rejette les accusations portées contre son établissement. Selon lui, la racine du problème réside dans le non-respect des termes initiaux du contrat de bail signé en 2014.
« Lors de la signature, le bâtiment nécessitait d’importants travaux de réhabilitation pour pouvoir accueillir des élèves. Nous sommes convenus d’un accord permettant d’exploiter les lieux tout en amortissant progressivement nos investissements », explique-t-il.
Un des points majeurs de friction concerne une annexe de la concession servant de four. Selon le fondateur, cette partie devait être rétrocédée à l’école pour y aménager de nouvelles salles de classe. Malgré plusieurs relances, cette restitution n’a jamais eu lieu, contraignant l’établissement à louer un second local pour abriter une partie des effectifs. « Nous versions 15 millions de francs guinéens à la famille et 7 millions supplémentaires pour l’autre bâtiment », détaille M. Sylla.
Sur la question des impayés, M. Sylla reconnaît un différend financier mais affirme avoir cherché une issue amiable : « Nous avons proposé le versement d’un acompte de 90 millions de francs guinéens par l’intermédiaire de notre conseil, mais la partie adverse a refusé de le réceptionner ». Une version fermement contestée par la famille Diallo, qui invite l’établissement à s’en tenir strictement aux clauses écrites du contrat.
Décisions de justice contradictoires et poursuite des activités
La gestion du calendrier scolaire ajoute une dimension sociale à ce dossier judiciaire. Si la famille Diallo met en avant des décisions ayant ordonné la fermeture du site, le fondateur assure bénéficier d’une ordonnance de réouverture rendue par le Premier président de la Cour d’appel.

« L’ordonnance nous autorise à poursuivre les activités. Nous ne refusons pas de libérer les lieux, mais cela ne peut se faire en cours d’année scolaire. Il y a le sort des élèves, les classes d’examen, les manuels et les dossiers administratifs à préserver », plaide M. Sylla, qui s’engage à quitter la concession au terme de l’année académique en cours.
Escalade des tensions et accusations mutuelles
En marge des débats juridiques, le climat s’est fortement dégradé sur le terrain. Sylla Salif affirme avoir fait l’objet de menaces et d’une agression physique lors d’un déplacement sur les lieux. « J’ai été agressé et menacé de mort. Je compte porter cette affaire devant les juridictions pénales », annonce-t-il.
De son côté, la famille Diallo évoque des tensions survenues lors de la présence des forces de l’ordre venues sécuriser le périmètre. Elle réitère son souhait de voir les décisions de justice appliquées en toute rigueur.
Dans l’attente d’un jugement définitif
Alors que les griefs s’accumulent -arriérés de paiement, travaux de réhabilitation, saisie d’équipements et accusations d’agression-, le contentieux reste entre les mains de la justice guinéenne.

Les deux parties réaffirment leur confiance dans les institutions judiciaires : la famille Diallo dit s’appuyer sur le contrat écrit et les titres exécutoires, tandis que la direction des Écoles Modernes de Guinée demande un examen global du dossier dans le respect des droits de chaque partie.
Dossier à suivre!
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 7 octobre 2026 08:36Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: conflit domanial









