Kindia : Enquête sur une série d’incendies « hors de contrôle »…
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KINDIA- Pourquoi les cas d’incendie se multiplient-ils à Kindia ces derniers temps ? En moins de trente jours, la cité des agrumes a enregistré 18 interventions de la protection civile, un record alarmant. Entre les courts-circuits provoqués par l’instabilité du réseau électrique, les installations domestiques défectueuses et les feux de brousse qui dévorent les plantations, la ville est presqu’en alerte. Nous avons enquêté sur les causes de ce fléau, du poste de commandement des pompiers jusqu’aux décombres fumants des plantations de piments, pour comprendre l’ampleur d’une crise qui menace autant les foyers que l’économie locale.

« Tout était déjà parti en fumée ». Comme Aboubacar Camara, qui a vu ses espoirs de récolte s’évaporer le 2 avril dernier, de nombreux habitants de Kindia sont aujourd’hui victimes d’une série d’incendies sans précédent. Des courts-circuits dans les habitations aux feux de brousse ravageant les zones agricoles, la protection civile régionale tire la sonnette d’alarme et appelle les populations à une collaboration étroite pour réduire les délais d’intervention.

Le colonel Djiba Doukouré, commandant de la protection civile de la région, explique que cette recrudescence n’est pas totalement surprenante : « Vous savez, généralement, en saison sèche, il y a beaucoup d’incendies, même énormément. Il y a plus d’interventions pendant cette période. »

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment les délestages fréquents. « Le courant fait des va-et-vient, ce qui provoque de nombreux incendies, souvent dus à des courts-circuits. Dans la plupart des interventions actuelles, on parle de courts-circuits », précise-t-il après les constats effectués sur le terrain.
À cela s’ajoutent les installations électriques défectueuses dans de nombreuses habitations. « La population réalise souvent des installations électriques non conformes. Les fils utilisés ne sont pas toujours adaptés, et lorsqu’il y a une surcharge, cela peut provoquer une surchauffe et déclencher un incendie », avertit le colonel.

Les appareils électroménagers sont également pointés du doigt. « Les télévisions, climatiseurs et congélateurs sont souvent impliqués. Si l’incendie ne vient pas du disjoncteur, il provient généralement du climatiseur ou du réfrigérateur », ajoute-t-il.
Les zones les plus touchées ces dernières semaines incluent Tapioca (trois interventions), le plateau (deux cas), Tafory (au moins trois cas, notamment à Grand-Sily et Yéolé), ainsi que Sambaya, notamment au Kenende Marché où un incendie a causé des pertes matérielles importantes.

Face à cette situation, la rapidité de l’alerte devient un enjeu crucial. « La population doit utiliser directement les numéros affichés sur nos véhicules au lieu de se déplacer. Cela nous permet d’intervenir à temps. Le temps d’intervention est crucial », insiste le commandant, tout en soulignant les difficultés liées à l’état des routes et au manque de civisme de certains usagers qui tardent à céder le passage.

De son côté, Fanta Sylla, coordinatrice préfectorale de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires, rappelle que le phénomène s’inscrit dans une tendance plus large. « Chaque année, nous élaborons un rapport sur les différents aléas qui surviennent dans la préfecture. En 2025, nous avons enregistré 24 cas d’incendie.
Ces incendies sont de différentes natures : certains sont liés à l’électricité, d’autres à la négligence humaine (comme les cigarettes), et d’autres encore aux feux de brousse. Les feux de brousse sont particulièrement fréquents, notamment dans les plantations d’ananas. Depuis 2026, nous avons enregistré seulement 4 cas pour le moment. Lorsque nous sommes informés d’un incendie, d’une inondation ou d’un vent violent, nous intervenons pour identifier les dégâts. Nous faisons un recensement des biens touchés, puis nous remontons l’information au niveau national. »

Elle précise que ces feux de brousse sont fréquents dans les zones agricoles, notamment dans les plantations d’ananas. Depuis le début de l’année 2026, quatre cas ont déjà été recensés.
L’agence intervient également pour évaluer les dégâts après chaque sinistre. « Nous faisons un recensement des biens touchés, puis nous remontons les informations au niveau national », explique-t-elle. Des dispositifs locaux ont été mis en place, notamment des Groupes d’Action Locale (GAL) dans certaines sous-préfectures, réunissant plusieurs acteurs comme la santé, l’éducation et la Croix-Rouge.
Mais derrière ces chiffres, ce sont des vies et des moyens de subsistance qui sont bouleversés. Aboubacar Camara, victime d’un incendie survenu le 2 avril 2026, témoigne avec émotion :

« Le 2 avril 2026, j’étais en déplacement à Kindia pour faire des courses. À mon retour, vers 16 heures, j’ai reçu un appel d’un ami m’informant que ma plantation avait pris feu.
Je me suis précipité à moto pour aller voir. À mon arrivée, tout était déjà parti en fumée. J’ai perdu énormément. J’avais plus d’un demi-hectare de piments, environ 450 pieds de papayers, des bananiers, ainsi que de jeunes plants de manguiers en production. Tout a été détruit. »

Sa plantation, comprenant plus d’un demi-hectare de piments, 450 pieds de papayers, des bananiers et de jeunes manguiers, a été entièrement détruite. À cela s’ajoute la perte de tout son matériel agricole. « Concernant les pertes matérielles, elles sont également importantes : raccords, casiers, cordes, bâches, brouettes, roues, dabas, machettes… tout mon équipement agricole a été brûlé. J’avais même un bidon de 20 litres d’essence qui a également pris feu. Ce n’est pas seulement une perte financière, mais aussi morale. Heureusement, j’ai reçu beaucoup de soutien de la part de mes amis et connaissances, ce qui me touche profondément », confie-t-il, appelant à un soutien des autorités et des personnes de bonne volonté.

Malgré tout, il garde espoir : « Aujourd’hui, j’essaie de relativiser. Les cultures peuvent être remplacées avec le temps, mais j’ai besoin de soutien, notamment de l’État et de personnes de bonne volonté, pour remplacer mes équipements agricoles. »
Cette recrudescence des incendies à Kindia met en lumière la nécessité d’une meilleure prévention, d’installations électriques sécurisées et d’une plus grande sensibilisation des populations. En attendant, les services de secours appellent à la vigilance et à la collaboration de tous pour limiter les dégâts et sauver des vies.

Un reportage de Chérif Kéita
Correspondant régional d’Africaguinee.com
À Kindia
Créé le 6 mai 2026 08:15









