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Immersion à l’ancienne usine de quinine de Sérédou : Des villas des colons aux cités des ouvriers, un héritage en déclin – Africa Guinee

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Immersion à l’ancienne usine de quinine de Sérédou : Des villas des colons aux cités des ouvriers, un héritage en déclin


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MACENTA- Nichée entre la forêt classée de Ziama et des collines, la sous-préfecture de Sérédou abrite encore les traces matérielles d’un passé colonial marqué par l’installation d’importantes industries, notamment l’usine de quinine. Parmi ces vestiges, les anciennes villas qu’occupaient les colons et les travailleurs de l’usine. Ces témoins silencieux résistent au temps. Leur histoire, leur répartition et leur abandon continuent de susciter l’intérêt des habitants et des autorités locales.

L’installation des colons à Sérédou

Selon les archives locales et les témoignages des anciens, les premiers colons se sont installés à Sérédou dès le début des années 1930, période qui correspond à l’essor de l’exploitation industrielle de la quinine dans la région. Béavogui Jean Tokpa, Président de la délégation spéciale de Sérédou, rappelle que les constructions datent de 1932, année de forte expansion de l’activité coloniale.

« Vous savez que le blanc cherche d’abord son logement et la vitalité. Donc ils ne pouvaient pas faire employer les gens sans les loger. Toutes ces constructions-là sont faites depuis 1932 », explique le responsable local.

Pour les colons français chargés de superviser la production, le logement constituait la priorité absolue avant même l’organisation du travail. Une fois installés, ils ont mis en place des cités structurées en fonction du statut social et professionnel de chacun.

Des cités organisées par catégories : ouvriers, cadres et colons

La ville de Sérédou était agencée de manière hiérarchique selon le modèle colonial. Les logements étaient répartis en plusieurs zones distinctes, chacune destinée à un type précis de travailleurs. Située sur la route de Macenta, derrière le marigot qui la sépare du village, elle regroupe les premiers logements construits pour accueillir les ouvriers guinéens employés dans les différentes unités de production.

« Les ouvriers logeaient à part, comme nous étions au centre de quinine. Vous avez vu le côté gauche en allant vers Macenta, c’était les ouvriers au départ et ensuite quelques chefs vers là-haut », témoigne Béavogui Jean Tokpa.

« Quand les blancs sont arrivés, la population n’était pas habituée à eux. Donc lorsqu’ils ont demandé une place pour s’installer, la population a préféré qu’ils s’installent derrière le marigot après le village en partant vers Macenta. C’est pourquoi de nos jours, tout cet espace appartient à l’État. Tu ne trouveras aucun citoyen quitté par là-bas pour venir construire ici », soutient le président de la délégation spéciale de Sérédou.

Cette cité constituait le cœur de l’activité sociale locale, animée par le va-et-vient quotidien des travailleurs.

Les villas des cadres et des colons

Des villas plus élaborées furent construites pour loger les cadres, les superviseurs et les colons.
Ces habitations se distinguaient par leur architecture, leur isolation et les matériaux utilisés. Les colons, selon le Président de la délégation spéciale, avaient une préférence claire pour la tranquillité : « Les villas sont réparties comme ça, comme nous connaissons le mode de vie du blanc. Il n’aime pas trop de bruit, donc les bâtiments sont isolés ».

Certaines villas furent érigées en pleine forêt classée de Ziama, tandis que d’autres occupaient des zones plus dégagées autour de la ville. On y retrouvait une classification précise, allant de la villa 1 jusqu’à la villa 7 au niveau de l’usine de quinine, et jusqu’à la villa 9 près de l’usine de panneaux.
Chaque série de villas appartenait à un bloc fonctionnel différent.

« Là-bas, si on prend l’usine à quinine, vous trouverez la villa 1 jusqu’à la villa 7. Les villas se succèdent jusqu’ici, on a la villa 9 à côté de l’usine à panneau. Et par là, il y a une autre dénomination. Ce n’était pas les mêmes techniques, ce n’étaient pas les mêmes personnes. », précise Jean Tokpa Béavogui.

Le départ des colons et le déclin progressif des infrastructures

Avec les indépendances et la restructuration des activités industrielles dans les années 1960 et 1970, les colons quittèrent progressivement Sérédou. Leur départ laissa derrière eux un parc important d’infrastructures, mais sans véritable programme de réhabilitation ou de réutilisation à long terme.

Les villas furent alors occupées par des agents guinéens, des cadres administratifs ou, dans certains cas, laissées totalement à l’abandon. L’absence d’entretien, les intempéries et les effets de la forêt environnante ont contribué à leur dégradation avancée. La plupart de ces anciennes villas présentent aujourd’hui un état de détérioration notable : toitures effondrées, végétation envahissante.


Malgré cela, ces bâtiments représentent un patrimoine historique important pour Sérédou et pour la préfecture de Macenta. Les autorités locales envisagent désormais de valoriser ces sites, soit par leur restauration, soit par leur intégration dans un projet touristique ou mémoriel mettant en lumière l’histoire industrielle et coloniale de la région.

Un patrimoine à préserver pour les générations futures

Les anciennes villas coloniales de Sérédou constituent une partie essentielle de la mémoire collective. Elles rappellent non seulement le passé colonial, mais aussi l’époque prospère où l’usine de quinine faisait de Sérédou un centre industriel majeur.

En attendant une éventuelle restauration, ces bâtiments demeurent des témoins silencieux d’une histoire complexe, que les autorités et la population souhaitent désormais préserver pour mieux comprendre l’évolution culturelle, sociale et économique de la région.

Nous y reviendrons !

De retour de Sérédou,

SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 30 novembre 2025 11:23

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