États-Unis : “Ce que le revers de Trump changera pour les sans-papiers aux USA”, selon l’expert Mamadou Saliou Sow

ÉTATS-UNIS- Le revers essuyé par le camp républicain lors des élections de mi-mandat du 3 novembre marque un coup d’arrêt pour l’administration de Donald Trump. Si le président conserve son pouvoir discrétionnaire sur les grandes orientations migratoires, la perte du Congrès redistribue radicalement les cartes sur le terrain. Fin du chèque en blanc pour l’agence d’expulsion (ICE), menaces d’enquêtes sur les bavures, gel des budgets et interdiction des interventions à visage couvert : le consultant et expert en immigration Elhadj Mamadou Saliou Sow décrypte les conséquences directes de cette vague démocrate pour les millions de sans-papiers aux États-Unis.

L’élection de mi-mandat tenue ce 3 novembre 2026 aux États-Unis marque un tournant politique majeur. Ce scrutin qui s’apparente à un net revers pour le camp républicain au profit des démocrates, vient restreindre considérablement la liberté d’action de Donald Trump et de son administration dans de nombreux domaines. Toutefois, le dirigeant américain promet d’acter son pouvoir de véto.

Elhadj Mamadou Saliou Sow, consultant en immigration depuis 25 ans et parfait connaisseur du système électoral américain, décrypte les conséquences de cette élection historique. Entre le basculement d’États conservateurs ancrés à droite depuis près d’un siècle et le revers essuyé par de grands donateurs comme Elon Musk, analyse d’un scrutin qui réécrit l’histoire politique américaine.

Un calendrier et une mécanique institutionnelle précis

Interrogé sur le calendrier électoral et les règles qui régissent le Sénat américain, le consultant rappelle les fondements institutionnels de ces élections :

« Aux USA, les élections se tiennent toujours le premier mardi après le premier lundi du mois de novembre. C’est la règle immuable. Ce 3 novembre 2026 se sont tenues les élections de mi-mandat. Vous remarquerez que les élections ont toujours lieu en novembre, mais à des dates légèrement différentes. Il vous souviendra par exemple que Barack Obama a été élu le 4 novembre 2008, parce que le premier lundi de novembre était tombé le 3. Tout se déroule ainsi pour les grandes élections aux États-Unis.

Les États-Unis comptent 100 sénateurs élus pour un mandat de 6 ans, dont un tiers est renouvelé tous les 2 ans. Ce mardi, le renouvellement concernait 35 sénateurs, parmi lesquels la majorité appartenait aux républicains. Actuellement, les démocrates ont officiellement remporté 54 sièges, alors qu’ils en détenaient 47 auparavant contre 53 pour les républicains. Ils avaient besoin de 51 sièges pour contrôler le Sénat. Dans le système américain, le vice-président préside le Sénat ; ainsi, à 50-50, le camp au pouvoir dirige la chambre car le vice-président vient apporter la 51e voix décisive. Mais avec 54 sièges autonomes, les démocrates prennent une majorité nette. »

Mississippi et Alaska

À l’heure où les dépouillements se finalisent, deux États retienaient l’attention de l’expert en raison de leurs spécificités locales et électorales :

« Il y a des résultats de certains États qui ne sont pas encore connus, comme dans le Mississippi et en Alaska. Dans le Mississippi, il y a seulement 44 voix d’écart entre les deux candidats. C’est un candidat noir qui représente les démocrates. S’il est élu, ce sera une première historique pour cet État depuis son intégration à l’Union dans les années 1800.

Les résultats de l’Alaska sont également attendus. C’est un État d’origine russe  –c’est la Russie qui a vendu l’Alaska aux États-Unis– et géographiquement, il est plus proche de la Russie que du reste du continent américain. Entre l’Alaska et New York, il faut compter 9 heures de vol. C’est un grand État par sa superficie, mais petit par sa population avec environ 700 000 habitants. En Alaska, le système de vote est très particulier : ta voix n’est pas perdue. Tu peux voter pour un candidat Alpha, tout en précisant que si Alpha est éliminé, ta voix est transférée à Mamadou. Après le décompte initial, on procède au report des voix. Il faudra au moins une semaine pour connaître le résultat final. Selon toute probabilité, les démocrates vont l’emporter, ce qui pourrait leur porter leur total à 55 sénateurs. »

Kansas, Texas, Géorgie : la carte électorale redessinée

Selon l’expert, le scrutin du 3 novembre se caractérise par des basculements électoraux inédits dans des bastions historiquement républicains :

« C’est pratiquement un cours d’histoire qui s’en trouve réécrit. En 2032, cela aura fait 100 ans que les démocrates n’avaient pas remporté les sénatoriales au Kansas. C’est en 1932 qu’un sénateur démocrate y a siégé pour la dernière fois. Pendant 94 ans, le Kansas n’avait pas voté démocrate au Sénat ; cette fois, c’est fait.

Au Texas aussi, bastion républicain depuis 1988, tout bascule en 2026. Les démocrates y remportent le gouvernorat, le siège au Sénat et la majorité à la Chambre des représentants. Dans l’Iowa, le gouvernorat et le Sénat reviennent également aux démocrates, une première depuis 2008. Le budget du Texas est colossal, il atteint 3 400 milliards de dollars, ce qui dépasse l’économie de la France. C’est le 2e État le plus riche des États-Unis après la Californie. Enfin, en Géorgie, la démocrate Keisha Lance Bottoms entre dans l’histoire en devenant la première femme noire élue gouverneure d’un État américain face au républicain Rick Jackson. »

                       [ CARTE ÉLECTORALE – LES BASCULES CLÉS ]

     KANSAS (Sénat)          TEXAS (Global)           GÉORGIE (Gouvernorat)

  +——————–+  +——————–+  +————————-+

  | Républicain depuis |  | Républicain depuis |  | Première femme noire    |

  | 1932 (94 ans)      |  | 1988               |  | élue gouverneure        |

  | —> DEMOCRATE     |  | —> DEMOCRATE     |  | (Keisha Lance Bottoms)  |

  +——————–+  +——————–+  +————————-+

Marge de manœuvre et question de la destitution

Même si les démocrates reprennent le contrôle des deux chambres, Elhadj Mamadou Saliou Sow nuance les spéculations sur une éventuelle procédure de destitution du président Donald Trump :

« La majorité qualifiée pour une destitution est de 67 sénateurs sur 100, soit les deux tiers. C’est Barack Obama qui avait approché ce seuil en son temps, mais depuis, personne ne l’a atteint. Si les démocrates avaient 67 sièges, ils auraient la force de destituer Donald Trump. À défaut, ils peuvent engager une procédure de demande de comptes au Sénat, mais il faut d’abord que la Chambre des représentants vote la mise en accusation à la majorité simple.

Pour mémoire, le président Richard Nixon avait failli être destitué. À la veille de la séance, il a demandé à un sénateur s’il allait réellement être destitué et ce dernier lui a répondu que seuls 7 sénateurs voteront contre. Nixon a alors préféré démissionner avant le vote pour ne pas perdre l’ensemble des avantages réservés aux anciens présidents. Mais aujourd’hui, nous sommes très loin d’un tel scénario. »

Pouvoir budgétaire et contrôle sur l’immigration

Si la victoire démocrate ne modifie pas les pouvoirs constitutionnels du président, elle change radicalement le contrôle exécutif et budgétaire sur le terrain, en particulier concernant la politique d’immigration, explique M. Sow.

« Ces résultats ne changeront pas directement la politique migratoire globale, car cela relève du pouvoir discrétionnaire et de la politique étrangère du président des États-Unis. Si la justice ordonne une expulsion, le Congrès ne peut pas casser la décision.

En revanche, la Chambre des représentants qui compte 435 députés entièrement renouvelés tous les 2 ans, détient le pouvoir budgétaire. Les démocrates y détiennent déjà 228 sièges et espèrent monter à 250. À partir de là, les républicains n’ont plus le champ libre. Le Congrès peut imposer des règles strictes à l’agence d’immigration ICE, comme l’obligation pour les agents de travailler à visage découvert sans cagoule. La Chambre peut également bloquer ou conditionner les tranches budgétaires d’ICE et ouvrir des commissions d’enquête sur les bavures, les blessés graves ou les décès survenus lors des traques de sans-papiers, d’autant plus si des citoyens américains en ont été les victimes collatérales. »

Le revers financier des grands capitaux et d’Elon Musk

Le consultant revient aussi sur l’échec de la stratégie financière menée par les milieux d’affaires proches de l’administration :

« Après l’élection de 2024, l’entourage de Donald Trump était composé principalement de grands capitaux et d’oligarques. Aucun membre de son cabinet ne possédait moins d’un milliard de dollars. Mais lors de ces élections de mi-mandat, cette concentration de moyens n’a pas suffi.

Le cas d’Elon Musk est marquant : il a dépensé plus de 435 millions de dollars dans cette campagne, dont 135 millions de dollars rien qu’au Texas. Il s’était réinstallé au Texas depuis la Californie pour bénéficier d’un cadre économique très libéral et peu régulé. Il ne voulait absolument pas que le Texas bascule chez les démocrates. Avec cette défaite et le changement de majorité au Texas, les démocrates vont désormais exercer un contrôle et un droit de regard accrus sur l’ensemble de son business. »

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le 5 novembre 2026 09:07

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