Défense nationale : « Des BOR ont été créés dans chaque région pour renforcer la sécurité le long de nos frontières », annonce Ansoumane Toumany Camara

CONAKRY- Face à l’évolution des menaces asymétriques et de la guerre moderne, la Guinée muscle son dispositif sécuritaire. De la création des Bataillons Opérationnels Régionaux (BOR) à la mise en place d’unités spécialisées dans l’utilisation des drones, le ministère de la Défense s’adapte aux nouveaux défis sous-régionaux. Dans la seconde partie de l’entretien accordé à Africaguinee.com en marge de l’an 68 de la création de l’armée guinéenne, le responsable de la DIRPA explique l’importance de la coopération avec les pays voisins et la lutte contre la désinformation sur le champ de bataille numérique.

AFRICAGUINEE.COM : Face aux nouvelles menaces sécuritaires dans la sous-région ouest-africaine, notamment le terrorisme, la criminalité transfrontalière et les nouvelles formes de guerre, l’armée guinéenne dispose-t-elle aujourd’hui des capacités nécessaires pour protéger efficacement l’intégrité territoriale ?

Je le dis sans modestie : nous disposons aujourd’hui des moyens nécessaires à notre politique en matière de sécurité. Mais lorsqu’on prend les menaces asymétriques, la guerre asymétrique exige de la collaboration. C’est pourquoi, avec tous nos pays voisins, des manœuvres conjointes sont organisées et des échanges d’informations se font entre les différents pays.

Vous avez suivi, tout récemment, la manœuvre conjointe entre le Sénégal et la Guinée. Nous avons sillonné les zones frontalières entre la Guinée et la Sierra Leone pour aller à la rencontre des populations et leur montrer que les armées sénégalaise et guinéenne travaillent ensemble.

Le message était simple : que vous soyez en Guinée ou au Sénégal, nous sauvegardons vos intérêts et nous veillons à l’intégrité territoriale. Nous demandons également aux populations de collaborer avec nous. C’est un aspect important.

Il y a actuellement des manœuvres en mer. Des pays du golfe de Guinée se réunissent également pour mener des opérations conjointes contre la piraterie maritime, la pêche illicite, mais aussi l’insécurité et le trafic de drogue en mer.

Cette collaboration existe donc. Mais, à l’interne comme à l’externe, la surveillance a également été renforcée le long des frontières. C’est dans ce cadre qu’ont été créés les BOR, les bataillons opérationnels régionaux. Ces unités n’existaient pas auparavant.

Dans chacune des quatre régions militaires du pays, il y a un camp. Mais, pour renforcer la sécurité le long de nos frontières, des BOR ont été créés dans chaque région. Ce sont des unités spécialisées, équipées et formées, que l’on peut même qualifier de suréquipées, qui effectuent des patrouilles quotidiennes le long des frontières.

Les BOR ne constituent pas des éléments indépendants : ils évoluent sous la responsabilité des régions militaires. Mais leur mission spécifique est la surveillance des frontières. Ils y travaillent nuit et jour. Voilà, en résumé, ce qu’on peut dire par rapport à notre dispositif actuel.

Lorsqu’on regarde la situation des conflits à l’étranger et cette nouvelle forme de guerre, avec notamment l’utilisation de nouvelles technologies, est-ce que les autorités du ministère de la Défense y pensent également, afin de permettre à l’armée guinéenne de s’adapter à cette nouvelle tendance, notamment avec les drones ?

Oui. Déjà, il existe une structure spécialisée qui a été mise en place pour les drones. Ce sont des mesures qui sont adaptées au contexte actuel. L’armée évolue chaque jour et des mises à jour sont effectuées en fonction de l’évolution des menaces sécuritaires.

Nous ne sommes donc pas en retard. Nous sommes à jour par rapport à ce qui se passe afin d’assurer en permanence la sécurité du territoire. En ce qui concerne les drones, des formations sont régulièrement organisées. La dernière formation en date s’est tenue à Kindia, où du personnel a été formé à la conduite et à l’utilisation opérationnelle des drones.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe plusieurs types de drones. Aujourd’hui, nous disposons donc d’une structure spécialisée, de personnels formés et des moyens nécessaires à la surveillance et à la réponse aux différentes menaces.

Nous vous avons vu marcher avec des civils et des militaires, de l’esplanade du stade jusqu’au parc urbain, dans le cadre de la campagne Octobre Rose, mais aussi en prélude à la célébration de la fête de l’armée guinéenne. Cela m’amène à parler de la cohabitation entre civils et militaires. Comment cette initiative peut-elle contribuer à renforcer cette relation ?

La cohabitation entre civils et militaires repose notamment sur un slogan qui a été élaboré et qui revient depuis 2021 : « Notre nation, notre raison d’être. » Cette phrase, ce slogan, est consacré dans toutes les garnisons militaires de la République de Guinée.

Qu’est-ce que cela signifie ? Tout militaire sait que la sauvegarde des intérêts de la République constitue une mission régalienne. La santé de la population, ses préoccupations et, en un mot, la sauvegarde de ses intérêts constituent également une préoccupation des forces armées guinéennes.

La marche était une marche couplée. Au niveau du ministère de la Santé et du ministère en charge des Femmes, il était question de clôturer le mois d’Octobre Rose.

Mais, au niveau de l’armée, chaque année, à la veille de la célébration de la création des forces armées, nous organisons une marche de cohésion.

Cette marche de cohésion réunit civils et militaires, qui marchent main dans la main. C’est une manière de promouvoir l’amitié par le sport.

Aujourd’hui, vous avez vu que cette initiative a pris une autre dimension. Presque tous les ministères sectoriels étaient présents. La Présidence était également représentée à travers de hauts responsables. Le ministère de la Défense a mobilisé toutes ses unités, tous ses responsables et l’ensemble de la chaîne de commandement était présente.

Le seul message qu’il fallait véhiculer, c’est qu’il n’y a jamais d’armée sans peuple et il n’y a jamais de peuple sans armée. Les deux vont ensemble et doivent collaborer.

Il faut également rappeler que le militaire que vous voyez en tenue était d’abord un civil avant de devenir militaire. Et demain, il redeviendra civil. Il retourne donc à sa case de départ. C’est pourquoi la collaboration entre civils et militaires doit nécessairement exister.

Cela m’amène à poser la question des droits humains. Comment ces principes sont-ils intégrés dans la formation et l’encadrement des militaires ?

Aucun militaire ne peut aujourd’hui ignorer cette question. Avec toutes les réformes et les actions de sensibilisation qui sont menées, les droits humains sont enseignés dans toutes les écoles militaires.

Le respect des droits humains est une obligation pour tout militaire. Il peut y avoir des défaillances, car cela relève de l’erreur humaine, mais ce qui reste clair, c’est que les droits humains sont respectés, consacrés et constituent des repères pour tout militaire dans sa carrière.

Vous êtes à la tête de la Direction de l’Information et des Relations publiques des Armées. Dans un contexte où l’information circule rapidement sur les réseaux sociaux, quelle est aujourd’hui votre stratégie pour informer les citoyens sur les activités et les missions de l’armée ?

Vous savez, la révolution numérique a tout bouleversé. Les médias ne disposent plus du monopole de l’information. Si vous ne parlez pas, les autres parleront à votre place, à leur manière et parfois en leur faveur.

Nous avons reçu pour instruction, premièrement, de soigner l’image de marque de l’armée et, deuxièmement, d’informer le monde extérieur de ce qui se passe au sein des forces armées guinéennes, tout en informant l’armée de ce qui se passe à l’extérieur des casernes.

La Direction de l’Information et des Relations publiques procède donc à des mises à jour régulières. Puisque la tendance est à la numérisation, c’est désormais l’information numérique qui circule le plus rapidement.

Nous avons une section digitale qui travaille sur nos différentes plateformes afin de permettre au public de mieux connaître les activités des forces armées guinéennes. Nous travaillons également avec les médias traditionnels, à travers des sections dédiées, afin d’assurer une large couverture des activités de la DIRPA.

La dernière innovation que nous avons mise en place est la création d’une division que nous appelons la Division de la Communication stratégique des forces armées.

C’est important, parce qu’avec les menaces liées à la guerre informationnelle, il faut également avoir des ripostes informationnelles. Il faut être capable d’influencer, mais surtout d’être à jour afin de pouvoir agir efficacement.

La guerre informationnelle est devenue un autre champ de bataille pour toutes les armées du monde. Vous pouvez gagner une bataille militaire et perdre cette même bataille à travers la désinformation, les fausses informations ou une mauvaise communication.

Nous sommes donc conscients que la communication est une arme, et une arme très redoutable.

J’allais justement en venir à la désinformation et aux fausses nouvelles, qui constituent aujourd’hui une tendance préoccupante. Vous avez déjà évoqué la création de cette division. Alors, si aujourd’hui vous aviez un message à adresser à la nation guinéenne à l’occasion de la célébration du 68ᵉ anniversaire des forces armées, que leur diriez-vous ?

Je voudrais d’abord souhaiter une bonne fête aux forces armées guinéennes et, plus largement, aux forces de défense et de sécurité.

Je voudrais également dire que la population peut être fière de ses forces de défense et de sécurité, dans la mesure où, aujourd’hui, celles-ci sont impliquées dans différents segments du développement national. Elles assurent également avec efficacité et patriotisme leur rôle régalien : la défense de la patrie et la sécurité des populations et de leurs biens.

À la population, je demande surtout de collaborer et d’aider les forces de défense et de sécurité dans l’exécution de leur mission.

Nous avons besoin de cette collaboration. Nous avons besoin de l’apport de chacun pour que le travail de sécurisation et de défense puisse être mené avec efficacité, conformément aux attentes et aux instructions de la haute hiérarchie.

Cette année, la célébration est également mise à profit pour valoriser le capital humain et la jeunesse. D’où le thème : « Forces armées guinéennes : école de patriotisme pour la jeunesse ».

C’est donc sous cet angle que l’armée célébrera cette année ses 68 ans.

Merci beaucoup.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 3 novembre 2026 14:05

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