Burkina Faso – Guinée : un même combat, une vision partagée (Par Bogola Haba), ancien ministre
Aucun citoyen guinéen ou burkinabè exerçant une activité légale dans le secteur minier, ou tout autre domaine économique, n’est menacé en Guinée ni au Burkina Faso.
Face aux périls socio-économiques de l’exploitation artisanale anarchique de l’or et du diamant, l’urgence commande aujourd’hui l’action : la mise en œuvre d’un Programme Régional Ouest-Africain de régulation est devenue une nécessité impérieuse.
Les communications officielles récentes de la ministre de la Solidarité Nationale du Burkina Faso et du ministre des Affaires Étrangères et de l’Intégration Africaine de la Guinée témoignent de cette volonté commune. Elles réaffirment la convergence de vues de nos autorités respectives, symboles de deux pays frères et panafricains qui se sont toujours tenus coude à coude face aux crises de l’Histoire.
Les populations des deux pays, les nations voisines ainsi que l’opinion publique africaine et internationale sont solennellement appelées à soutenir cette orientation stratégique officielle.
En effet, la Guinée et le Burkina Faso mènent un combat frontal et synchrone contre les fléaux de l’orpaillage clandestin. Cette lutte vise à éradiquer la traite des mineurs dans les zones minières, le chômage endémique, et l’abandon scolaire des jeunes Ouest-Africains, trop souvent attirés par le mirage de l’or entretenu par les réseaux capitalistes exploitant ces carrières. Au-delà des drames humains, ce combat cible également la dégradation incontrôlée de notre environnement et la déprédation de nos valeurs morales.
Face à cette situation spécifique, qui impacte indistinctement les nationaux et les ressortissants étrangers vivant de cette économie aussi lucrative que dangereuse, l’élan de solidarité a été immédiat. Chaque commune guinéenne concernée par cette vague de retour de nos compatriotes de Siguiri, ainsi que chaque État partenaire, a activé avec diligence son dispositif d’accueil et de solidarité.
Cette problématique de la migration des jeunes vers les sites d’orpaillage dépasse nos frontières : elle frappe des pays comme le Ghana, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Guinée-Bissau à travers le Nord de la Guinée. De même, le Libéria, la Sierra Leone et l’Ouest de la Côte d’Ivoire ont payé un lourd tribut humanitaire face aux mouvements massifs vers les mines de diamant. C’est pourquoi la mutualisation des efforts à l’échelle sous-régionale, notamment à travers un programme dédié de la CEDEAO, est fondamentale. Cette dynamique est d’autant plus légitime que nos États s’orientent désormais vers l’implantation de raffineries d’or et de tailleries de diamant nationales, garanties d’une meilleure traçabilité, d’une plus forte valeur ajoutée et d’un impact social réel.
L’histoire de notre coopération bilatérale est jalonnée d’actes de fraternité inoubliables. Nous nous souvenons du séjour prolongé et fraternel à Ouagadougou de l’ancien président guinéen, le capitaine Moussa Dadis Camara, et de l’implication majeure du Burkina Faso dans la résolution de la crise guinéenne entre 2008 et 2010. À l’inverse, l’histoire retient l’engagement mémorable de la Guinée du président Ahmed Sékou Touré en faveur d’une paix durable entre le Burkina Faso et le Mali lors de leur différend frontalier post-indépendance.
Plus récemment, le rôle crucial du président Mamadi Doumbouya dans la défense des transitions burkinabè, malienne et nigérienne face aux sanctions internationales a marqué les esprits. Ce soutien stratégique s’est traduit par des actes concrets : des prises de position fortes à la tribune de l’ONU, la facilitation logistique au Port de Conakry, l’ouverture de la frontière Guinée-AES, la solidarité sur le front de la lutte contre le terrorisme, et le déploiement actuel de la diplomatie guinéenne pour favoriser un rapprochement pacifique et constructif entre l’AES et la CEDEAO.
Par conséquent, aucun acteur en Guinée, au Burkina Faso, ou dans les pays voisins ne saurait instrumentaliser des opérations de régulation interne et ferme pour fragiliser cette coopération séculaire. Plus que jamais, l’axe Conakry-Ouagadougou demeure le socle d’un panafricanisme d’action et de destin.
Kéamou Bogola HABA
Ancien Ministre de la République de Guinée
Grand Ami du Burkina Faso
Créé le 7 novembre 2026 12:48Nous vous proposons aussi
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