FRATEL : la Guinée au cœur des enjeux de la connectivité francophone
CONAKRY– C’est un rendez-vous d’envergure internationale qui s’est ouvert ce jeudi 29 octobre 2026 dans la capitale guinéenne. Conakry abrite les travaux de la 24ᵉ réunion annuelle du Réseau francophone de la régulation des télécommunications (FRATEL). Précédée le 28 octobre par un atelier de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) et une réunion des dirigeants des autorités membres, cette rencontre réunit régulateurs et experts autour d’un défi central : « Quelles mesures pour soutenir le déploiement d’infrastructures pour le numérique ? ».


Dans un contexte de transformation numérique accélérée et de besoins croissants en connectivité, les acteurs du secteur entendent harmoniser leurs leviers réglementaires et économiques pour garantir des réseaux performants, accessibles et résilients à travers l’espace francophone.
Progrès spectaculaires et défis des « zones blanches » en Guinée
A l’ouverture des travaux, le Directeur Général de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) de Guinée, a rappelé le chemin parcouru depuis l’arrivée de la fibre optique dans le pays.

« Il y a 12 ans, ici même à Kipé, un câble est sorti de l’océan. Le câble ACE. Pour la première fois, la Guinée était reliée au monde par la fibre. Douze ans plus tard, c’est 13 millions d’abonnés mobiles, soit 3 Guinéens sur 4. Près de 12 millions de personnes connectées à l’internet mobile, soit 2 Guinéens sur 3. C’est aussi 12 000 kilomètres de fibre qui relient toutes nos régions et nos pays voisins », a rappelé Mamady Doumbouya. Toutefois, le patron de l’ARPT n’a pas occulté les défis qui persistent : « Plus de 600 localités, en Guinée, attendent encore le réseau », souligne-t-il.
Pour y faire face, le Directeur Général de l’ARPT met en avant une stratégie articulée autour de trois piliers majeurs : partager, couvrir et protéger.
« 1er levier : le partage. Un pylône ne devrait pas servir à un seul opérateur. Une fibre ne devrait pas servir à un seul réseau. Nous encourageons le partage des infrastructures pour étendre la couverture à moindre coût. 2e levier : les zones blanches. Avec le Gouvernement et les opérateurs, nous étendons la couverture jusque dans les villages les plus reculés. 3e levier : la confiance. Nous contrôlons la qualité des réseaux, publions les données du marché et veillons à la protection des usagers. Voilà notre approche et durant ces deux jours, nous serons à l’écoute de vos propositions », propose Mamady Doumbouya.

Le numérique, pilier stratégique du programme Simandou 2040
Présidant la cérémonie de lancement officiel des activités de cette rencontre, le Ministre Directeur de Cabinet de la Présidence, Djiba Diakité, a replacé cet événement au cœur de la vision stratégique de la Guinée, Simandou 2040.
Dans son discours lu par Aguibou Barry, membre du Conseil National de Régulation des Postes et Télécommunications, Djiba Diakité a notamment rappelé que la problématique des infrastructures numériques est indissociable du vaste plan de développement national Simandou 2040.

« Simandou ne doit pas être regardé uniquement comme un projet minier ou comme un projet d’infrastructures physiques. Il constitue un catalyseur pour une transformation plus large de notre économie et de nos territoires. Cette transformation crée naturellement de nouveaux besoins en connectivité le long des nouveaux corridors économiques, en fibre optique et en capacité réseau, en services numériques pour les entreprises et les administrations. Des besoins en infrastructures capables de traiter et de stocker davantage de données. Mais aussi des besoins nouveaux dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’industrie, de la finance, du commerce et de l’innovation. C’est pourquoi la question des infrastructures numériques constitue une composante essentielle de notre développement. A cet égard, l’innovation occupe une place importante et ne peut se développer sans connectivité », a lancé Aguibou Barry au nom du le Président du Conseil National de Régulation des Postes et Télécommunications.
Trois tables rondes au menu des échanges
Les travaux de cette 24ᵉ réunion annuelle du FRATEL sont structurés autour de trois axes stratégiques, présentés par la Présidente de l’Arcep France et Présidente par intérim du FRATEL pour l’année 2026.

Pour Laure de La Raudière, la première table ronde sera axée sur les plans d’aménagement numérique des territoires et les initiatives publiques innovantes pour assurer la complétude des réseaux télécoms.
« Lors de la première table ronde, nous échangerons sur les initiatives publiques innovantes pour garantir que chaque citoyen, où qu’il se trouve, puisse bénéficier d’une connectivité de qualité. Que ce soit par des réseaux publics, des solutions communautaires ou encore des technologies non terrestres (autrement dit satellitaires), l’objectif est clair : personne ne doit être laissé de côté », a expliqué la Présidente par intérim du FRATEL pour l’année 2026 qui revient sur la deuxième table ronde qui parle du rôle des régulateurs pour favoriser le déploiement des réseaux télécoms.

« Notre deuxième table ronde portera sur un enjeu crucial : comment passer de la théorie à la pratique dans la réalisation des plans d’aménagement numérique du territoire et dans le contrôle de leur avancement.
Les plans sont ambitieux, mais leur mise en œuvre se heurte souvent à des réalités complexes : délais, coûts, résistances ou manque de données fiables. Pourtant, les attentes de nos populations sont immenses : elles veulent des réseaux performants, des services accessibles et une bonne qualité de service », a ajouté Laure de La Raudière qui conclu par la dernière table ronde qui s’articulera autour des mécanismes de soutien au déploiement de nouvelles infrastructures numériques de la donnée.
« Demain matin, nous aborderons une question d’avenir de plus en plus essentielle pour assurer des accès de qualité aux différents services sur internet : comment les régulateurs peuvent-ils favoriser et soutenir le déploiement des centres de données (data centers), devenus des piliers stratégiques de la transformation numérique de notre société ?

Avec la croissance de l’intelligence artificielle, du cloud et la nécessité de stocker des données sensibles au niveau national, ces infrastructures sont plus que jamais indispensables.
Leur déploiement soulève pourtant des défis majeurs : financement, accès à la connectivité nationale et internationale, accès à une énergie abondante et stable, sécurisation, mais aussi impacts environnementaux.
Comment concilier performance et sobriété ? Comment garantir que ces infrastructures soient concurrentielles et durables ? Comment assurer leur disponibilité dans tous les pays ? Autant de questions auxquelles nous devrons répondre collectivement », a conclu Laure de La Raudière.

Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 29 octobre 2026 16:36Nous vous proposons aussi
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