Toumba Diakité : de l’ombre de Dadis à la mort en détention, récit d’une trajectoire explosive
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Il a été l’ombre redoutée du pouvoir, le fugitif traqué, puis la star inattendue d’un procès historique. Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », s’est éteint ce 23 mars 2026 en détention, emportant avec lui une part des secrets du massacre du 28 septembre 2009. Entre la blouse de médecin et le treillis de ranger, entre les versets coraniques et le feu des armes, retour sur le destin brisé d’un homme qui, de son vivant, aura autant fasciné qu’effrayé la Guinée.

Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », figurait parmi les principaux accusés du procès du massacre du 28 septembre 2009. Ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, alors président de la transition (2008-2009), il a longtemps été présenté comme le cerveau des événements ayant coûté la vie à plus de 150 personnes et entraîné des violences sexuelles massives au stade de Conakry.
Reconnu coupable de crimes contre l’humanité en raison de sa responsabilité de commandement, il avait été condamné, le 31 juillet 2024, par le tribunal criminel de Dixinn à dix ans d’emprisonnement ferme.
D’un proche du pouvoir à la cavale
Le 3 décembre 2009, il tire sur son « mentor », l’ancien chef de la junte, qu’il accuse d’avoir voulu lui faire porter l’entière responsabilité des atrocités commises au grand stade. Contraint à la fuite, il quitte la Guinée pour le Sénégal, où il vivra plusieurs années en cavale. Le 16 décembre 2016, les autorités sénégalaises annoncent son arrestation. Extradé vers Conakry le 13 mars 2017, il est incarcéré dans l’attente de son procès. Jusqu’alors, dans l’opinion publique, son image reste associée à celle du principal instigateur des violences.

Une autre version à la barre
À l’ouverture de son interrogatoire, le 19 octobre 2022, Toumba Diakité rejette ces accusations. Affirmant avoir été « caricaturé » pour endosser la responsabilité de tous les crimes abominables, il entreprend de livrer sa propre vérité, tout en dévoilant des aspects méconnus de son parcours.
Né le 30 avril 1968 à Conakry, il déclare avoir effectué l’essentiel de son cursus scolaire et universitaire en Guinée. Devant le tribunal criminel ad hoc de Dixinn, il présente une identité différente de celle connue du grand public. « Le nom de Toumba inspirait déjà la crainte, la terreur… C’était Lucifer lui-même, le Satan incarné. Il fallait qu’il prouve qu’il était un humain », confie Me Paul Yomba Kourouma, l’un de ses conseils.

Son témoignage, la cohérence de son récit et surtout sa vaste culture générale, alliée à sa maîtrise du Coran, captivent de nombreux anonymes. Toumba se découvre des admirateurs en Guinée et au-delà. Des artistes, à l’instar de la figure de la musique pastorale peulhe Lamah Sidibé, lui dédient même une chanson.

Du milieu médical aux rangs de l’armée
Avant d’intégrer l’armée en 1993, Toumba Diakité affirme avoir exercé comme médecin interne au CHU Ignace-Deen, au service de cardiologie, pendant sept ans. « J’étais médecin interne… Vu le besoin de personnel dans l’armée, le professeur Condé m’a conseillé de porter la tenue », racontait-il devant le juge Ibrahima Sory 2 Tounkara.

Avec l’appui de responsables militaires, dont le médecin-colonel Nabé, il entame sa formation à Kindia, au camp Kémé Bouréma. Après une formation de base, il se spécialise en techniques de combat avec des instructeurs étrangers, avant d’intégrer les rangs des rangers. Affecté au camp Soronkoni à Kankan comme médecin-chef de la garnison, il est ensuite déployé aux frontières avec le Libéria lors des incursions rebelles.
De retour à Conakry, il est nommé chef du service de cardiologie à la direction de santé des armées, avant d’être affecté à la gendarmerie de Sonfonia, où il se trouve lors de la prise du pouvoir par le CNDD, le 22 décembre 2008.

Un acteur clé du pouvoir militaire
Toumba Diakité revendique également un rôle déterminant dans l’accession au pouvoir de Moussa Dadis Camara, face à d’autres hauts gradés, après le décès du président Lansana Conté.
Il reconnaît sa présence au stade le 28 septembre 2009, mais précisait qu’il s’y trouvait pour assurer la sécurité des leaders politiques et rechercher le président. Durant son interrogatoire, il ponctue ses déclarations de versets coraniques et développe des théories scientifiques, une posture qui agace le camp de certains de ses coaccusés.

« Toumba a livré une version truffée de contradictions », s’indignait alors Me Pépé Antoine Lamah, l’un des avocats de Moussa Dadis Camara.
Un accusé clivant mais populaire
Malgré les critiques, son attitude à la barre séduit une partie de l’opinion. Son avocat, Me Paul Yomba Kourouma, se disait peu surpris par cette prestation : « C’est un homme préparé dans la solitude… un érudit capable de défendre sa vérité ». En 2022, alors qu’il est en détention, il est désigné « personnalité de l’année » par nos confrères de “Guineenews”, illustrant davantage le caractère profondément clivant du personnage.
Transfert, malaise et fin tragique
Après sa condamnation en juillet 2024, Toumba Diakité purgeait sa peine à la maison d’arrêt de Coronthie. Le 10 février 2026, tout bascule : il est transféré à la maison d’arrêt de Coyah dans des circonstances tumultueuses, suite à un refus d’obtempérer lors d’une fouille de routine interne, selon le parquet.

Dans la nuit du 23 mars 2026, aux environs de 4 heures du matin, ses avocats affirment qu’il aurait été extrait de sa cellule par des individus non identifiés. Une version rejetée par l’administration pénitentiaire, qui évoque un malaise en milieu carcéral ayant conduit à son évacuation d’urgence vers l’hôpital militaire du camp Samory. Malgré une prise en charge spécialisée, son état se dégrade rapidement.
Selon les médecins, le décès est survenu des suites d’une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée. Toumba Diakité s’éteint ainsi en détention, emportant avec lui l’espoir de ses avocats de le voir un jour retrouver la liberté au terme de sa peine.

Il emporte avec lui une part d’ombre et de lumière sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire guinéenne. Si le verdict de la justice des hommes est tombé en juillet 2024, les circonstances exactes de sa fin de vie alimenteront sans doute encore longtemps les débats dans les grains de Conakry. Il restera ce personnage insaisissable : médecin pour les uns, bourreau pour les autres, mais indéniablement l’acteur le plus charismatique d’un procès hors norme.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 27 mars 2026 08:41Nous vous proposons aussi
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