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Conakry : 100 000 GNF pour un document de mariage à la mosquée, entre pratique religieuse et exigence légale – Africa Guinee

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Conakry : 100 000 GNF pour un document de mariage à la mosquée, entre pratique religieuse et exigence légale

Image d'illustration

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CONAKRY – À Conakry, comme dans plusieurs localités du pays, les mariages religieux célébrés dans les mosquées s’accompagnent désormais de la délivrance d’un document officiel aux nouveaux époux. Facturé 100 000 francs guinéens, ce formulaire soulève des questions sur sa valeur juridique réelle face à l’acte de mariage civil.

À la mosquée de Kiroti, dans la commune de Lambanyi, Mamadou Saliou Baldé, chargé de la délivrance de ce document, explique la procédure : « Depuis plusieurs années, nous disposons de ce document dans notre mosquée. À chaque célébration, nous le remettons aux époux moyennant 100 000 GNF. Ce montant est conservé par la mosquée. Le formulaire provient du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, en collaboration avec celui des Affaires religieuses. Celui qui le remplit peut demander le prix d’un stylo, mais ce n’est pas obligatoire », précise-t-il.

mariage-04

Selon lui, le formulaire comporte des sections réservées à l’époux, à l’épouse ainsi qu’aux témoins, qui doivent y apposer leurs signatures. « Le document est authentifié et peut être utilisé dans certains cas spécifiques », ajoute-t-il.

Illustration d'un mariage

Des mariés partagés

Moussa Khan qui a célébré son union dimanche dernier, a découvert l’existence de ce document le jour même de la cérémonie. « Personnellement, j’ignorais son existence. On m’a informé qu’il fallait le prendre, j’ai donc payé les 100 000 GNF. Je ne l’ai pas encore rempli, car on m’a conseillé de revenir avec ma femme pour éviter toute erreur, étant donné qu’il pourrait nous servir dans nos futures démarches », explique-t-il.

Pour Boubacar Diallo, marié depuis 2025, ce document religieux n’est qu’une étape. « J’ai reçu le document à la mosquée, mais cela ne m’a pas empêché de me rendre à la mairie pour établir l’acte de mariage civil. C’est le document délivré par la commune que j’utilise pour toutes mes formalités officielles », témoigne-t-il.

Ce que dit la loi

Interrogé sur la question, le juriste Kalil Camara apporte des précisions essentielles, notamment à la lumière de la loi 0020/2023. Selon lui, si cette loi prévoit la possibilité de célébrer le mariage dans des lieux de culte (mosquées, églises, etc.) par des autorités religieuses habilitées, cette disposition n’est pas encore pleinement applicable.

« Il manque encore les textes d’application, ainsi que l’homologation des lieux de culte et des autorités religieuses. Pour l’instant, la seule célébration reconnue par la loi demeure celle effectuée par l’officier d’état civil », précise-t-il.

Le juriste rappelle que la loi guinéenne impose des conditions de fond strictes :

  • Âge minimum : 18 ans ;
  • Consentement libre : absence totale de contrainte ;
  • Différence de sexe : entre les deux conjoints.

Sur la forme, la publication préalable des bans et le respect des délais légaux sont obligatoires. En cas d’opposition formelle, la célébration ne peut avoir lieu.

Seul l’acte d’état civil fait foi

Selon Kalil Camara, le document délivré par les mosquées ne suffit pas. « Le nouveau carnet constituera l’acte déclaratif, qui sera remis par les lieux de culte au centre de l’état civil pour l’établissement de l’acte de mariage, la seule preuve légale du mariage.

À partir de là, les époux auront le choix : célébrer le mariage dans les lieux de culte, lesquels se chargeront des démarches administratives, ou célébrer le mariage uniquement devant l’officier de l’état civil, seul habilité à dresser l’acte officiel« , a-t-il expliqué.

Selon ce juriste, « il est important de retenir que le document délivré par les lieux de culte n’a aucune valeur juridique propre, et ne sert qu’à permettre l’établissement de l’acte de mariage par l’officier de l’état civil, dans les cas où les époux souhaitent passer par les lieux de culte.« 

Une collaboration ministérielle assumée

Contacté, un cadre du Secrétariat Général des Affaires religieuses confirme que le document actuel résulte d’une collaboration avec le ministère de l’Administration du Territoire. « La gestion des maires et des officiers d’état civil relève de l’Administration du territoire. Ce document a été élaboré conjointement. Quant aux 100 000 GNF, nous ne gérons pas cette partie financière. Si les futurs mariés acceptent de payer, cela ne pose pas de problème particulier », déclare-t-il.

Vers une réforme avec le PN-RAVEC

Ce jeudi 19 février 2026, le Programme National de Recensement Administratif à Vocation d’État Civil (PN-RAVEC) a annoncé le déploiement massif de nouveaux outils d’état civil sur tout le territoire. Parmi les innovations majeures figure le « Carnet de Déclaration » de mariage, appelé à devenir la nouvelle norme.

Ce nouveau carnet constituera l’acte déclaratif indispensable pour créer le lien juridique, préalable obligatoire à la délivrance de l’acte de mariage officiel. Une réforme qui promet de clarifier la valeur juridique du mariage religieux en Guinée et de mettre fin au flou entourant les frais de délivrance actuels.

Par Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 20 février 2026 16:33

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