« Verser son eau est la pire des punitions »: Le calvaire des femmes à Porto Fita face au manque d’eau potable
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MAMOU – À Porto Fita, dans la préfecture de Mamou, l’eau n’est pas une ressource, c’est un trophée que l’on ramène au prix d’un effort surhumain. Perché au sommet d’un relief escarpé, ce district de 2 200 habitants — le premier fondé dans la zone — n’a jamais vu l’ombre d’un forage. Entre sources taries, sentiers vertigineux et précarité sanitaire, les femmes et les enfants y mènent un combat quotidien pour la survie.

Chaque jour, au lever tout comme au coucher du soleil, elles sont des dizaines à emprunter un sentier escarpé pour aller à la quête de l’eau, une denrée vitale. L’on y croise des femmes de tous les âges: de vielles marchant à l’appui d’une canne tenant une ustensile, des jeunes filles et même des enfants. Les images sont saisissantes. L’eau puisée d’une source située en aval du village n’est pourtant pas potable. Il faut la filtrer pour pouvoir l’utiliser. Nous sommes dans la localité de Porto Fita, dans la sous-préfecture de Wouré Kaba, préfecture de Mamou. Dans ce district, les habitants font face à une crise d’eau sans précédent.

Premier village fondé dans la localité, il n’a pourtant jamais bénéficié du moindre forage. Pour les 2 200 habitants, l’accès à l’eau est devenu un défi quotidien épuisant. Porto Fita, district situé à 15 km du chef-lieu de la sous-préfecture de Wouré Kaba, vit dans une précarité extrême. Malgré son importance historique et une population répartie sur six secteurs, la localité est totalement dépourvue d’infrastructures hydrauliques. Ici, obtenir un simple seau d’eau relève du parcours du combattant.

Fodé Lamine Mansaré, ancien président du district et actuel membre du conseil communal, brise le silence sur cette situation qu’il qualifie d’invivable.
« C’est une triste réalité : nous n’avons jamais eu d’eau potable à Porto Fita. Par le passé, l’état de la route empêchait l’accès des engins de forage. Aujourd’hui, bien que des ponts aient été construits, le problème demeure », explique-t-il.

Le village est situé au sommet d’une montagne. Les femmes doivent parcourir plus d’un kilomètre sur un relief escarpé pour atteindre la source. « Nos épouses portent des bidons et des seaux pour gravir cette pente raide. Et même cette source finit par tarir en saison sèche. En hivernage, nous ne comptons que sur l’eau de pluie », ajoute ce sage de la localité.
L’accès à l’eau est si précieux à Porto Fita qu’un dicton local illustre la pénibilité de la tâche : « Pour sanctionner une femme ici, au lieu de la battre, il suffit de verser l’eau qu’elle a ramenée du ruisseau. C’est la pire des punitions. »

Outre l’eau, Porto Fita manque d’infrastructures de base. Si le village possède une école, il est dépourvu de poste de santé. En cas d’urgence, les malades — y compris les enfants et les femmes enceintes — doivent être transportés à moto vers le chef-lieu, les véhicules étant rares dans la zone.
Le cri de cœur des autorités locales
Le président de la délégation spéciale de Wouré Kaba, Fodé Lamine Savané, se dit conscient de l’urgence. Cependant, il précise que Porto Fita n’est pas un cas isolé.

« Le problème d’eau est crucial. Des villages comme Porto Fita, Alfaya et Seleya n’ont jamais bénéficié de forage. C’est un souci majeur pour la commune. Nous recherchons activement des partenaires et des ONG pour nous aider à résoudre cette crise, car même là où des points d’eau existent, ils sont insuffisants face à la croissance démographique », plaide-t-il.

La situation de Porto Fita est le reflet du quotidien de nombreuses localités de la préfecture de Mamou. Malgré les interventions ponctuelles de certaines organisations, l’accès à l’eau potable reste un luxe pour des milliers de villageois vivant dans des zones difficiles d’accès.

Habib Samaké,
Correspondant régional d’Africaguinee.com
A Mamou
Créé le 8 février 2026 12:07









